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Le fonds de la Cuve - 1870 Guerre franco-prussienne ou guerre de 1870 , oppose, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871 , la France et les États allemands coalisés sous l’égide de la Prusse . Livres . Maquettes et dioramas . Sorties diverses . Photos

Gueules cassées de 1870-1871

ALLIS CHALMERS

Bonjour a toutes et tous .

Photographies réalisées par le dentiste Charles Delalain avant et après son travail de chirurgie sur des gueules cassées de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.

Les noms des mutilés pris en photo ne sont pas complets et uniquement représentés par leur initial, mais en revanche les opérations maxillo-faciales qui ont été réalisées sont détaillées par le dentiste. Il s'agit d'un recueil d'une grande rareté qui vient souligner les efforts faits à cette époque par le corps médical pour aider les blessés de la face, photographies à l'appui.

source :

Gueules cassées de 1870-1871Gueules cassées de 1870-1871

"L", Un sergent non identifié du 17ème bataillon de chasseurs, admis à l'hôpital du Val-de-Grâce le 4 octobre 1871 et sorti le 14 décembre 1871. "C'est en menant au feu sa compagnie destinée à soutenir la retraite à Reichshoffen que ce sous-officier fût blessé à la face le 6 août 1870 par une balle de revolver qu'un officier ennemi lui tira à bout portant. Les coups dirigés de gauche à droite horizontalement l'atteignir en avant à deux millimètres de l'angle externe gauche de cet oeil. En raison d'une tension dans la région temporale gauche, il ne put pendant deux mois ouvrir la bouche. Par suite de la perforation horizontale de la base du nez, le mucus nasal coule sur les joues et quelques fois se concrétifient en bouchon. Le blessé ne peut respirer que par la bouche, afin d'éviter la subite impression de l'air attiré sans cette précaution par les ouvertures horizontales de la base du nez. Perte complète de l'odorat, sensation pénible de froid dans les sinus frontaux."

"L" nous a indiqué ce qu'il fallait tenter pour cette restauration toute faciale et cela en s'efforçant d'empêcher l'air de pénétrer de façon immédiate sur la muqueuse tapissant les sinus frontaux. C'est à dire rétablir la circulation de l'air par les voies nasales. J'ai donc dû exécuter un appareil obturateur facial, très léger, et composé : d'une plaque en platine mou s'adaptant exactement sur les régions orbitaires dans toute la largeur de la face, à cette hauteur, munie au niveau des trous déterminés par le projectile, de deux légers renflements oblitéraux, exactement les parties latérales de la perforation. De cette façon, le blessé respire par le nez et le mucus nasal est forcé de reprendre sa voie naturelle d'écoulement. Deux fentes palpébrales postiches laissent aperçevoir deux yeux en émail afin de donner à la physionomie moins de tristesse. J'ai choisi pour la fabrication de cet obturateur le platine mou en prévision d'un rapprochement de la blessure. De cette façon le blessé pourra ultérieurement, s'il y avait lieu, modifier l'adhésion de l'appareil sur les parties latérales perforées. 

Gueules cassées de 1870-1871Gueules cassées de 1870-1871

"N°2, blessure de "F", 29 ans, soldat au 113ème de ligne, entré au Val-de-Grâce le 26 mai 1871. "Blessure horrible par éclat d'obus à l'attaque des hauteurs de Mont-louis, le 15 mai 1871. Le nez, la lèvre supérieure, et une partie des deux maxillaires furent enlevés, l'oeil attaqué. La figure est rendue hideuse par suite d'une déformation produite par l'ablation complète du squelette osseux, du cartilagineux du nez et des narines, ainsi qu'une partie du maxillaire supérieur supportant quatre dents. Le maxillaire inférieur avait subi sur toute la hauteur du corps de l'os une ablation alvéolaire supportant six dents. Un cal fibreux réunit les fragments fracturés de la machoîre inférieure. Immobilité parfaite de cette dernière, mais écoulement salivaire permanent. La mastication offre une grande difficulté, les arcades dentaires n'étant plus en concordance. L'absence de lèvre supérieure et des dents des deux arcades rend la parole incompréhensible, tandis que la perforation faciale rend compte du nasonnement. Une autoplastie par glissement a été tentée, consistant à gauche à décoller le lobule du nez et son aile sur une grande étendue mais le résultat au point de vue de la réussite n'a pas été complet."

"La restauration se compose : d'un petit appareil muni d'une base pour tenir trois dents, et d'une fausse gencive antérieure remplaçant la perte de substance existante entre les deux fragments, et est placée sur le maxillaire inférieur s'appuyant à droite et à gauche par des anneaux d'or sur les deux molaires latérales. Au point de vue de l'ajustement l'écartement des deux machoires n'excède pas 20 milimètres. L'application de cette pièce a été difficile. Elle facilite la mastication et maintient la salive en donnant le temps à la langue de l'aspirer. La prononciation est beaucoup plus intelligible. Un autre appareil composé d'un nez postiche cache toute la lésion. Ce nez est prolongé par une fause lèvre avec une petite moustache implantée. Cet obturateur facial couvre à gauche la moitié du lobule du nez qui sert de point d'arrêt du nez artificiel qui, lui même, est équilibré à gauche par une pièce dentaire vulcanisée et moulée sur les parties pénétrantes entre le reste du nez et le fragment de la lèvre supérieure droite et laissant voir sous la moustache 4 dents incisives postiches, ce qui donne à la figure moins de raideur. Sorti du Val-de-Grâce le 28 décembre 1871 et présenté au Conseil de santé des Armées."

Gueules cassées de 1870-1871Gueules cassées de 1870-1871

"N°4, blessure de "S", sergent au 61ème de ligne, entré au Val-de-Grâce le 15 septembre 1871, présenté à la Société de Chirurgie. Blessé à Sedan par un éclat d'obus, nez complètement disparu, lèvre supérieure détruite, lèvre inférieure pendante, les joues flottent en un seul lambeau à droite, en deux à gauche dont l'un inférieur et plus petit près de la commissure labiale sans perte de substance. Extrémité de la langue enlevée, les dents fortement ébranlées ou disparues. Le maxillaire inférieur n'a pas été fracturé. Le supérieur au niveau de la canine gauche a subi une perte de substance antérieure soutenant six dents incisives. L'os propre au nez à droite subsiste. Le nez a fait place à un tissus cicatriciel qui limite les anfractuosités en rapport avec les fosses nasales. Cicatrice à la commissure labiale droite, deux à gauche. Articulation de la parole gênée, mastication impossible."

"Détail de la restauration : dentier complet à succion. La bride cicatricielle qui unit ce qui reste de la lèvre supérieure au bord alvéolaire n'ayant pas permis de faire usage d'un dentier à ressort. Il existe une fausse gencive adhérant au dentier supérieur sur laquelle repose une fausse lèvre en argent, recouverte par une moustache implantée afin de faciliter sa mobilité pour pouvoir la remplacer tous les mois. Un nez en argent y fait suite. Il est soudé à une paire de lunettes contournant les oreilles. Une plaque obturatrice faisant aussi suite au nez remplace une partie de joue manquante sous l'oeil gauche. Le blessé, actuellement guéri, est sorti de l'hôpital en mangeant parfaitement. Il respire par le faux nez par suite de l'adhésion complète de l'obturateur facial qui est appelé à empêcher le déssèchement du mucus nasal sur la blessure. La prononciation est régulière, intelligible. Il ne pouvait boire avant la pose de cet appareil que couché et à l'aide d'un tube".

Gueules cassées de 1870-1871Gueules cassées de 1870-1871

"N°5, blessure de "M", 24 ans, soldat au 41ème de ligne, entré au Val-de-Grâce le 1er septembre 1872. Blessé le 14 août à Borny par une balle au visage qui, pénétrant à gauche au niveau de la canine inférieure, fractura en plusieurs éclats le squelette osseux du menton, coupa la langue en plusieurs lambeaux après avoir enlevé toute la hauteur de l'os supportant les quatre incisives ainsi que les deux canines et la première molaire à gauche en même temps que le bord de la lèvre inférieure. Emmené prisonnier en Prusse, on ne s'occupa guère de lui. De là, une difformité causée par la cicatrisation vicieuse des parties délabrées. Grande difficulté pour la prononciation et surtout la mastication. Aucune mobilité des fragments de la fracture. L'orifice buccal est limité en haut par la lèvre supérieure, sur les côtés par les commissures labiales attirées en dedans, et en bas par la peau de la lèvre inférieure formant un plan incliné continuant le plancher buccal par lequel glisse naturellement la salive".

"1. Arrêter l'écoulement de salive, 2. Faire manger le blessé, telles sont les indications à remplir. L'adhérence intime de la langue avec la muqueuse ne permet pas de placer un dentier qui facilite la mastication. La première chose à faire était de détruire cet accolement en interposant entre le cal et la muqueuse de la lèvre décollée un appareil dentaire provisoire d'éloignement et s'opposant à la réunion des parties sectionnées. L'opération, longue, délicate et difficile surtout fût tentée par le médecin traitant sur une longueur de 60 milimètres. Le travail de cicatrisation dura 3 semaines pendant lesquelles le mutilé fût nourri au biberon. L'appareil définitif en platine et caoutchouc est muni d'anneaux latéraux emboîtant les dents voisines. Une fausse gencive descend en avant sur toute la longueur du cal fibreux. Elle supportera sept fausses dents avec succion salivaire. Une fausse lèvre très légère en caoutchouc complète l'exécution de cet appareil protéthique indispensable au mutilé pour manger et parler”.

Gueules cassées de 1870-1871Gueules cassées de 1870-1871

"N°6, blessure de "L", 27 ans, soldat au 97ème de ligne. Entré au Val-de-Grâce le 25 avril 1871. Perte complète du nez, de l'oeil gauche et de la paupière inférieure. Fracture du maxillaire supérieur gauche. Blessé le 15 août 1870 à Gravelotte, il fût soigné à Metz pendant le blocus. En janvier 1871, les plaies cicatrisées permirrent de l'évacuer sur l'hôpital de Colmar. Il rejoignit son régiment en mai à Quimper et le 22 août 1871 il fût de nouveau évacué sur l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. Commotion violente qui enleva l'usage de la vue pendant un mois. Le médecin traitant tenta l'autoplastie par glissement pour combler la perte de substance de la paupière gauche. Elle réussit en partie, sauf au point le plus interne. Le malade est en parfaite santé seulement par suite de l'ébranlement dû au projectile toutes les molaires du maxillaire gauche supérieur sont tombées. A droite il en manque trois, aussi la mastication est-elle très difficile".

"L'appareil protéthique se compose de deux parties : 1. Pour l'intérieur de la bouche une plaque palatine en caoutchouc, doublée en platine, pièce mobile portant trois dents à droite, et quatre à gauche pour remplacer celles qui ont été enlevées par l'éclat d'obus. De plus, du côté droit une partie de la gencive ayant aussi disparu elle est remplacée par une fausse gencive postiche soulevant les parties charnues de la joue gauche et rendant au visage sa régularité. 2, Un nez postiche en platine avec plaque obturatrice s'étendant du côté gauche afin de recouvrir l'oeil perdu simulé par un postiche. Pour prendre point d'appui sur la lèvre supérieure, j'ai caché complètement le lobule restant du nez par le lobule du nez artificiel. L'adhésion fournie par cet appareil facial est complète et permet au mutilé de rendre par le faux nez la fumée de sa cigarette sans que par les bords adhésifs de l'étendue faciale il s'en perde la plus petite quantité. La respiration en est d'autant mieux réglée et le déssèchement du moins nasal sur la blessure n'a plus lieu. Sorti du Val-de-Grâce le 17 avril 1872".

Gueules cassées de 1870-1871

Le dentiste Charles Delalain dans son cabinet, vers 1870-1872.

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